lundi 18 avril 2011

DEGRADER LA TUNISIE C'EST HONTEUX

Un analyste d'agence témoigne: dégrader la Tunisie est honteux!

Emmanuel Lévy - Marianne | Vendredi 21 Janvier 2011 à 05:01 | Lu 25393 fois

La Tunisie a subi à son tour la dégradation de la note de sa dette. Marianne a voulu comprendre ce qui ressemble à une double peine. Pour cela, nous avons interviewé un analyste qui fut encore récemment en charge de la Tunisie pour l'une des agences de notation. Sous couvert d'anonymat, il détaille ce qui fut son travail et critique des agences de notation en pleine déconfiture. Car pour lui: la Tunisie n'aurait pas du être dégradée.



Un analyste d'agence témoigne: dégrader la Tunisie est honteux!
A peine quarante huit heures après sa constitution, la nouvelle équipe gouvernementale en place à Tunis devra, en plus des difficultés au quotidien de la population, faire face à la défiance des marchés. Et plus précisément des agences de notation. Après avoir jeté de l’huile sur le feu de la crise irlandaise et grecque, leurs torches se tournent désormais vers la Tunisie.

Si Fitch et Standard & Poors ont d'ores et déjà placé la note de la dette souveraine de la Tunisie sous «surveillance négative», Moody's n’a pas hésité mercredi 19 janvier à la dégrader de «Baa2 à Baa3 ». L’agence justifie sa décision par «l'instabilité du pays, due au récent changement inattendu du régime, résultant d'une crise politique qui a débuté par des émeutes sociales» ainsi que «Les importantes incertitudes économiques et politiques (qui mettent) en danger la stabilité du pays».

Pour comprendre le fonctionnement de ces agences, Marianne a demandé à un économiste qui avait jusqu’il n’y a pas longtemps en charge la notation de la Tunisie au sein de l’une de ces agences. Sous couvert d’anonymat, il nous décrypte son travail et critique sévèrement la vitesse et la précipitation de la dégradation.

L'INTERVIEW

Marianne : Avant de nous donner votre analyse du choix de dégrader la note tunisienne, pouvez-vous nous décrire en quoi consistait votre travail ?

Tout d’abord, cette activité n’est pas bénévole. Le gouvernement, en fait la Banque centrale de Tunisie verse plusieurs dizaines de milliers de dollars annuels pour qu’une agence apprécie la situation du pays. 

Concrètement, pour ce pays nous nous déplaçons à deux analystes, un senior et un junior. Le travail se déroule sur trois jours durant lesquels nous sommes amenés à voir les ministres de l’économie, des finances, du commerce extérieur, le gouverneur de la banque centrale, les ambassadeurs des grands pays, comme celui des Etats-Unis. Voilà pour le coté constant. Pour ce qui est plus particulier à la Tunisie, nous voyons en plus l’ambassadeur de France, et pour la petite histoire, le ministre de l’intérieur, que l’on écoute de loin.

Nous rentrons et élaborons un rapport qui est ensuite présenté aux autres analystes de l’agence. La note est ensuite arrêtée. Puis, elle est communiquée au gouvernement, avant d’être rendue publique. Je me souviens ainsi de m’être fait enguirlander par le ministre de l’économie qui espérait une amélioration de la note de la Tunisie, ce que je n’avais pas fait.

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